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L’héritage islamique du Portugal exhumé de l’oubli et mis en pleine lumière

Depuis près d’une décennie, dans un Portugal où les traces de la présence et de l’influence arabo-musulmanes, longues de cinq siècles, ont été effacées, et pas seulement sous l’effet de la lente érosion du temps, des historiens, écrivains et autres archéologues s’emploient à faire renaître de leurs cendres les vestiges de ce riche passé. Un passé encore si prégnant, malgré son occultation savamment orchestrée…

Cette mise en lumière d’un pan entier de l’histoire de la péninsule ibérique, que les manuels scolaires avaient jusqu’à présent consciencieusement enfoui, préférant glorifier la « reconquête triomphale » du territoire par des dirigeants chrétiens, exhume de l’oubli dans lequel il a été sciemment relégué le rôle majeur de l’islam. Elle l’éclaire d’un jour nouveau, afin d’éveiller les consciences sur l’importance que revêt cet héritage islamique qui, n’en déplaise aux esprits chagrins, sceptiques ou haineux, fut foisonnant et a profondément imprégné la culture du pays.

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« Cet héritage a été largement oublié dans un pays devenu majoritairement catholique », déplore la journaliste Marta Vidal dans un article publié sur le site d’Al Jazeera, renchérissant : « Les manuels d’histoire d’aujourd’hui mettent davantage l’accent sur la reconquête triomphale du territoire par les chrétiens, aidés des Croisés, qui prit fin au XIIIe siècle ».

Pour l’écrivain Adalberto Alves, la meilleure manière de démontrer à quel point l’islam fait partie intégrante de l’identité de son pays, outre la pierre dans lequel il est à jamais incrusté, c’est de répertorier la multiplicité des influences arabo-musulmanes sur la linguistique et la culture portugaises. C’est ce à quoi il a consacré une grande partie de sa vie, au cours de ces 35 dernières années, sans jamais se lasser.

Adalberto Alves à Beja, où est né le poète Al-Mutamid

« J’ai dressé une liste de mots portugais dérivés de l’arabe. Ce qui a commencé comme une simple curiosité s’est transformé en un projet d’une décennie, qui a conduit à la publication en 2013 d’un dictionnaire de plus de 19 000 expressions et mots portugais d’origine arabe », a-t-il expliqué non sans une pointe de fierté. « J’ai trouvé beaucoup de mots communs. Certains concernent la nourriture, d’autres les villes ou les régions. Ensuite, il y a l’expression “oxala” (prononcé oshallah), un descendant direct de l’arabe “inshallah”. Les deux signifient « si Dieu le veut », a-t-il ajouté avec une certaine exaltation.

«Je voulais dépasser le cliché de l’antagonisme entre chrétiens et musulmans, mettre en valeur notre héritage commun, et rendre visibles la présence et les contributions si longtemps et injustement négligées, minimisées ou passées sous silence des musulmans », précise-t-il encore, en regrettant amèrement que l’héritage culturel et intellectuel islamique, bien plus précieux et vaste qu’on ne le croit, ne soit toujours pas reconnu à sa juste valeur en Europe. « L’autre fait partie de moi », insiste-t-il, avant de rappeler que l’Empire portugais s’est appuyé sur les sciences de la navigation développées par les Arabes pour assouvir sa soif de conquêtes coloniales.

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« Même Vasco de Gama, dont le voyage épique est largement célébré au Portugal, s’est fait aider par un navigateur musulman pour atteindre l’Inde », s’exclame Marta Vidal, en abondant pleinement dans son sens.

Couronnés de succès, les efforts déployés par Adalberto Alves pour changer la perception de ses concitoyens sur l’héritage islamique et sa richesse patrimoniale inestimable, encore par trop insoupçonnée ou mésestimée, ont été salués par l’Unesco. En 2008, le prix Sharjah pour la Culture arabe lui a été décerné.

« J’ai consacré une grande partie de ma vie à essayer de rendre justice au grand poète et roi al-Mutamid ibn Abbad, peut-être parce que nous avons des origines dans la même ville, Beja », a confié non sans émotion Adalberto Alves, en ne faisant pas mystère de l’admiration qu’il voue au dernier émir abbadide qui régna à Séville.

Les influences islamiques sont visibles à Mertola [Marta Vidal / Al Jazeera]
Près de la ville méridionale de Beja, dans une région où l’influence de l’islam saute aux yeux, un autre projet pionnier démystifie le stéréotype d’un envahisseur arabo-musulman. L’archéologue Claudio Torres se souvient de sa visite marquante, en 1976, de la ville blanchie à la chaux. Deux ans plus tard, il y créa le site archéologique de Mertola.  « Mertola ne nous montre pas les combats », explique le chercheur Virgilio Lopes, fort de sa parfaite connaissance des lieux depuis 30 ans. « Il nous montre comment les gens vivaient ensemble. Sous ces rochers, il y a cette idée extraordinaire de coexistence», s’enthousiasme-t-il.

Les archéologues ont non seulement mis au jour des traces d’une communauté juive, mais ont aussi découvert que l’actuelle église se dresse sur ce qui était autrefois un temple romain, et plus tard une mosquée. « Différentes communautés ont vécu ensemble jusqu’à la fin du XVe siècle », révèle pour sa part la chercheuse Susana Martinez, qui enseigne l’histoire médiévale et d’archéologie à l’Université d’Evora, ajoutant : « L’expulsion des juifs et des musulmans a rompu la longue période de coexistence, car le christianisme du nord imposait alors sa foi à tous ».

Entourée d’oliviers, l’église de Mertola était une mosquée [Marta Vidal / Al Jazeera]
Les archéologues de Mertola ont fait sortir de terre un riche passé où la coexistence harmonieuse n’était pas une douce utopie. Ce passé, moins ténébreux et sanglant que celui qui est traditionnellement dépeint en Occident, a remis en question la façon dont l’histoire est racontée au Portugal.

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A l’aube de ses 80 ans et après des années de fouilles sur le terrain, Claudio Torres l’affirme : l’islam s’est répandu dans la région à travers des siècles de relations commerciales et économiques, et non à la suite de conquêtes violentes. « Les grandes ruptures qui nous sont enseignées à l’école ne se sont pas concrétisées. A cet égard, le site Mertola est riche d’enseignements, car il nous montre clairement les continuités, les moments où les religions coexistaient, les liens entre les peuples », souligne-t-il.

« Nous ne devons pas regarder le sud de la Méditerranée comme s’il y avait une frontière qui nous séparait. Ces peuples sont très proches de nous, génétiquement mais aussi culturellement », assure pour sa part Virgilio Lopes, tandis que Susana Martinez clame à l’unisson : « Ces histoires sont un moyen puissant de déconstruire les stéréotypes et les préjugés que nous pourrions avoir envers l’autre ».

Commentaires

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    • merci galice, les exemples sont nombreux. Joumana est un beau prénom féminin arabe encore utilisé, comme de nombreux prénoms, il date pourtant de l’époque païenne.

  1. @djeser,
    J’ai déjà parcouru sommairement ton blog et je ne te dirai pas ce que j’en pense,tes lecteurs s’en feront leur propre opinion…J’ai pour principe fondamental de ne pas me mêler des affaires des autres et de ne pas m’immiscer dans les idéologies propagandistes quel qu’elles soient. Je ne m’occupe que de mon”idéologie”(ma religion et tout ce qui touche de loin ou de près à ma communauté).Tu devrais en faire de même,le monde serait ainsi plus pacifique et tu ne constitueras plus une cible de chasse,qui je le concède, a été bien fructueuse.
    Note: Je ne vois pas ce que tu veux dire par”qui sont mes ennemis?’qui a parlé d’ennemi?Ah,quand le subconscient s’exprime…!
    J’ai vu aussi que tu te décris au féminin:”je suis LA bienvenue…Es-tu une femme? Bienvenu alors dans le club…

    • Mon blog n ‘a rien a cacher, tout le monde y est la bienvenue, la critique constructive l’est aussi.
      quant à toi, tu a du mal à respecter ton unique principe , à voir tes interventions compulsives ici et la..

      bye bye et bonne chance dans tes parties de chasse

      • Mes “interventions compulsives” sont tout-à-fait légitimes dans un site musulman et mon principe reste intacte.Je ne m’autorise aucune intervention dans site autre que musulman…
        By by et entraîne toi bien pour ne pas te faire attraper…

  2. Post exceptionnel cependant, je voulais savoir si vous pouviez écrire un peu plus sur ce sujet?
    Je vous serais très reconnaissant de bien vouloir en dire un peu plus.
    Je vous remercie!

  3. les traces non islamiques qui ont existé dans les pays musulmans n’ont jamais été occultées et elles existent à nos jours.Les petits écoliers ont tous dans leurs manuels d’histoire une rétrospective de ce moment de leur histoire et les traces de ce pan d’histoire transparaît surtout dans les cultures locales et les dialectes qui sont aussi variés que les peuples qui ont adhéré à l”Islam.Ce sont les croyances païennes de cette période anté-islamique qui ne constituent plus” les marqueurs” de cette période païenne ou polythéiste de ces peuples qui ont adhéré en masse à la croyance en Dieu et adopté majoritairement l’Islam comme religion.Là est la nuance:”Les marqueurs” culturels restent ou évoluent contrairement aux croyances païennes qui ont été rejetées par les peuples quii constituent aujourd’hui le monde musulman.
    Au Portugal, l’héritage musulman s’est limité à la culture et à la langue.Les musulmans de la péninsule ibérique y ont été expulsés ,torturés ou tués durant la Reconquista.L’Islam n’ayant donc pas eu,dans ces contrées l’essor qu’il aurait pu avoir comme dans les autres contrées conquises par la nouvelle religion…L’Islam étant perçu par les chrétiens comme une religion concurrente au christianisme

    • Nacéra : Je vous remercie, Nacera, quand vous dites : ‘ comme dans les autres contrées conquises par la nouvelle religion…’ , en, parlant de l’ islam, tout est dit, pas la peine même d’ épiloguer !

    • désolé ma cher nacera mais quand je vais en algerie , les habitants reconnaissent par exemple que les romains habitait la mais me disent tous que “ce n est pas leur histoire”, d ailleurs pour eux l histoire commencent avec l avènement de l’islam. ton regard est très naïfs. certains aussi que je connait , rejette l element berbere, pourtant il porte des burnous en hiver et mange des couscous, 2 elements d origine berbere. la liste est longue, le deni de l histoire dans le monde arabo-musulman est tres profond , mais bon, si ta conscience est tranquille avec ca alors ne t inquiète pas !!

      ps : l histoire païenne de notre passé ne me pose pas de probléme.
      si tu connait un peu l islam, le prophète à recylé plusieurs elements paien pour fonder sa nouvelle religion. ( la mecque, pelerinage, prenom arabe , … élément d architecture pour fonder la mosquée)

      • Merci djeser de de te donner la peine de m’apprendre mon histoire et ma religion et de vouloir m’expliquer le recyclage “d’éléments païens” à la religion musulmane(sic)…
        Inutile de te donner cette peine,d’abord parce-que je ne t’ai rien demandé et ensuite parce-que je suppose que tu aurais certainement mieux à faire que de roder et de te coller aux musulmans de ce site pour lesquels tu es indésirable et insignifiant.

        • Ma cher nacera, c est un plaisir de te répondre et un devoir de corriger tes erreurs ;

          -c est toi qui çà commencé à répondre à mon commentaire, qui était le premier de cet article, dont tu ment car, c est plutôt “moi qui ne t est rien demandé”.
          -je trouve tes interventions désagréable sur ce site, car on dirait un inspecteur qui surveille tout ce qui ce dit.
          -qui sont mes ennemis ?? Je suis la bienvenue sur ce site, je pense plutôt que tu est plus connu défavorablement que moi ici.
          -Ce que je dit sur la fondation de l islam est la vérité, si sa ne te plait pas , je ne peux rien y faire.
          Bonne continuation dans tes parties de chasse.

          si tu veux me connaitre un peu plus.
          http://jonasdjeser.unblog.fr/

      • Le Messager de Dieu (SWS) n’a rien recyclé du tout !
        La Mecque et les rites du Pèlerinage sont ancrés à jamais dans le Noble Coran.
        Rien de ce qui existe dans l’Islam n’est d’origine païenne !
        Pourquoi tous ces mensonges ?

        C’est vrai que quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage !!!!

        • Le grand pèlerinage à La Mecque trouve son origine musulmane dans les versets coraniques de l’époque médinoise, mais ne constitue pas pour autant une institution originale : il existait déjà un tel pèlerinage chez les Arabes préislamiques.

          ‘Amr ibn Luhay (arabe : عمرو بن لحي) est un personnage de la période préislamique. C’est lui qui, selon l’islam, aurait introduit le paganisme au sein de La Mecque, plusieurs siècles auparavant.

          La course entre As Safa et Marwah remonterait à la légende antique du culte d’Isaf (« cueillaison ») et Na’ila (« faveur ») : originaires du Yémen, ils s’aimaient passionnément, et durant le pèlerinage s’embrassèrent et s’enlacèrent. Ils furent changés en pierre. Les habitants les auraient placés près de la Kaaba, puis près de la source Zamzam. Plus tard, Isaf, surnommé « le Pourvoyeur de vent », fut placé sur le mont As Safa, et sa compagne, « Nourricière de l’oiseau », sur Al Marwah3,4.

          Il y a eu deux pèlerinages distincts et à des dates différentes, unifiés dans l’Islam5 :

          l”umra propre aux Mecquois, rituel de demande de pluie autour du bétyle de la Kaaba dans l’enceinte de la ville, avec sacrifice à al-Marwa ;
          le ḥadjdj propre aux bédouins, parcours à Minâ dans la plaine de ʾArafât, avec sacrifice.

          Déjà à l’époque, ce pèlerinage comprenait des rites similaires au hajj, essentiellement autour de la Kaaba qui contient la Pierre noire – un type de bétyle météorique dont le culte était répandu au Proche-Orient6 depuis l’Antiquité7. À La Mecque, les pèlerins prémusulmans revêtaient le vêtement rituel et se rasaient le crâne pour se mettre en état de sacralisation. Ils processionnaient déjà alors autour de la Kaaba. D’autres rites semblent s’être également déroulés à l’époque préislamique sur le plateau du mont Arafat, dont on ignore les détails cérémoniels et la fonction précise : les Arabes païens y honoraient vraisemblablement de multiples divinités dans le but d’obtenir des faveurs ou des réponses de type divinatoire, sacrifiant parfois des animaux2.

  4. cela doit être a double sens , si l on doit s intéresser au trace de l islam dans tel ou tel société, et si i l on est vraiment équitable , on doit aussi s intéresser à tous les “marqueurs” ou trace non- islamique qui existe dans les pays musulmans qui date de l antiquité ou d aujourd hui.

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